La chaleur du Burkina Faso

Anne

Rien ne prédisposait Anne Greisch à s'exiler quelques mois à l'étranger. Après avoir obtenu son diplôme d'éducatrice graduée, elle commence à travailler dans le secteur du handicap mental. « J'étais plutôt du type conservateur, voyant mon avenir à Luxembourg. » Puis vient la rupture : perdant toute satisfaction dans la vie qu'elle mène, elle prend la décision, en mars 2009, de se remettre totalement en question et se confronte à l'idée de partir à l'étranger. La décision n'est pas facile à prendre car le fait d'envisager un départ n'est guère en phase avec son cadre de vie, reconnaît-elle. Par l'intermédiaire d'un cousin engagé dans l'ONG « Le soleil dans la main », elle apprend qu'un foyer pour enfants est sur le point d'ouvrir ses portes au Burkina Faso et que l'association est disposée à l'envoyer sur place dans le cadre du service volontaire de coopération (SVC). Sa décision est prise : elle veut y aller. Elle entreprend six mois de démarches, nécessitant entre autres l'obtention d'un congé sans soldes et d'un agrément de la part de l'ONG et devant suivre une formation initiale de trois jours organisée dans le cadre du SVC. Puis, début octobre, c'est le départ vers ce pays africain qu'elle était encore incapable de localiser géographiquement quelques mois plus tôt. Un accueil extraordinaire « Les deux premiers jours se sont déroulés comme dans un film », se rappelle-t-elle. Il y avait tout d'abord la chaleur pesante qui régnait sur place. « J'étais comme en transe mais je savais que ce que je faisais était une bonne chose. » A son arrivée à Ouagadougou, un premier choc l'attend : pour aller aux toilettes, elle doit se contenter d'un simple trou, et en guise de douche, elle utilise un seau au-dessus de ce trou. Par contre, elle est fascinée par l'accueil chaleureux que lui réservent les pensionnaires du foyer pour enfants à Koudougou, à une heure et demie de la capitale : « Je n'ai jamais reçu un accueil aussi extraordinaire. Ils ne me connaissaient et ne parlaient pas français mais ils savaient tous qui j'étais. » Sa tâche consiste à encadrer les enfants, que ce soit pour s'occuper d'eux après l'école ou pour organiser des activités pédagogiques. Pendant un an, elle savoure des moments intenses, ayant l'impression d'apprendre chaque jour autre chose. Venue pour aider, « je suis celle qui a appris le plus en fin de compte », s'exclame-t-elle. « Cette expérience a changé ma façon de vivre, elle a relativisé mes problèmes. » En vivant au milieu des Burkinabés, elle a compris que la joie de vivre ne dépend pas que de la richesse matérielle : « Avec le choix que nous avons dans notre société de consommation, nous sommes beaucoup moins satisfaits qu'eux. » Durant son séjour, elle sent que deux cultures se rencontrent, avec des périodes d'intense satisfaction et parfois des moments de frustration. Mais le plus dur est le retour : plus de six mois après, elle est encore imprégnée de ce séjour hors du commun. Au point qu'en mars 2011, elle s'est prise trois semaines de congé pour retourner sur place, histoire de dire bonjour à ceux qu'elle porte désormais dans son cœur.