Parfois, il faut prendre d'autres chemins

Filipe

Né en 1985 à Coimbra, au Portugal, Filipe émigre à l'âge de quatre ans avec ses parents et son frère aîné, après que son père eut trouvé du travail dans une firme américaine installée au Luxembourg. Pour Filipe, le changement de décor est radical: à Coimbra, il était élevé dans un café, ce qui l'amenait à côtoyer dès le plus jeune âge toutes sortes de gens. Cette habitude du contact social précoce tranche avec sa nouvelle vie au Grand-Duché, où il baigne dans une autre ambiance. Il doit ainsi se plier aux règles de l'école maternelle à Lorentzweiler: on est bien loin de la réalité de son lieu d'origine. Il accomplit ensuite tant bien que mal son école primaire à Bissen.
Constatant que Filipe peine à suivre à l'école, ses parents décident de l'inscrire à l'âge de douze ans à l'école de football du club de Benfica Lisbonne. Ce retour au Portugal n'est pas concluant, car il est plus jeune que la plupart des élèves admis dans cette structure. Il rentre au Grand-Duché et intègre le lycée: d'abord à Mersch, où il ne réussit pas à s'adapter, puis à Bastogne, où ses bonnes notes en sport ne compensent pas des résultats d'ensemble décevants, ensuite au lycée technique du Centre, où ce n'est guère plus brillant. « J'étais quelqu'un qui aimait surtout s'amuser », reconnaît Filipe, « je ne prenais guère les choses au sérieux. »

La musique comme refuge

Son seul refuge est l'univers musical: il crée avec des copains le groupe J.M.P., qui se spécialise dans le hip hop, et sort un premier album en 2000, suivi de deux autres en 2004 et 2009. Quant à son parcours scolaire, un premier déclic se produit quand il change à nouveau de lycée, cette fois à Ettelbruck: « J'ai compris que c'était ma dernière chance ». Dès lors, il tente de s'accrocher et commence un apprentissage pour devenir électricien. Un choix qui ne correspond pas à son caractère, explique-t-il avec le recul, d'autant qu'on s'aperçoit au cours d'un contrôle médical qu'il souffre de daltonisme. Il suit une formation au CNFPC dans la peinture décorative et effectue de petits boulots, sans grand enthousiasme: « Je ne savais pas ce que je devais faire de ma vie ».
Il trouve un premier emploi via l'ADEM comme électricien apprenti pour une firme chargée d'exécuter un chantier à Belval. Mais ce travail est de courte durée et il se retrouve au chômage. Il comprend alors que la situation ne peut pas durer. Quand sa mère apprend que le Service national de la jeunesse (SNJ) propose son aide aux jeunes gens en difficulté via le Service volontaire d'orientation, elle l'encourage à s'y rendre. C'est ainsi que Filipe participe à une réunion initiale à Eisenborn, où l'on encourage les participants à exprimer leur motivation. Il indique sa préférence pour le secteur social, une attirance qui lui vient sans doute de son enfance passée au café mais aussi du fait qu'il résidait dans un centre de soins lorsqu'il était à Lisbonne, apprenant ainsi à côtoyer sans a  priori les personnes âgées.
Filipe effectue son service volontaire de six mois dans la maison de soins Sacré-Cœur à Diekirch. Le directeur de cet établissement, M. Hamen, lui fournit un appui précieux: « Il m'a beaucoup écouté et s'est pris le temps nécessaire pour m'aider », se rappelle Filipe, qui lui voue une grande reconnaissance. Petit à petit, il comprend qu'il doit faire preuve de patience pour obtenir des résultats: « En fait, j'ai appris à me connaître moi-même. »


Les clés du succès

Au bout de sa période de volontariat, son contrat est reconduit pour six mois dans le même établissement, où il peut se familiariser avec le secteur des soins et l'organisation des animations pour personnes âgées. De l'avis de ses supérieurs hiérarchiques, c'est dans ce dernier volet qu'il se débrouille le mieux. Après avoir passé un an dans cette maison de soins, il poursuit son apprentissage au Club Senior de Lorentzweiler, puis au foyer du jour de la fondation Pescatore à Luxembourg. Début 2009, il rejoint la maison de soins que gère l'Association Luxembourg Alzheimer à Erpeldange, où le remplacement provisoire d'une personne se mue en contrat à durée indéterminée. Jetant un regard en arrière, il souligne que le Service volontaire d'orientation lui a fourni les clés du succès. « Parfois, il faut prendre d'autres chemins pour pouvoir trouver le sien », résume-t-il son parcours. « Et surtout, écrivez que je tiens à dire merci à ma mère, à Myriam et Nathalie du SNJ et à tous ceux qui m'ont aidé pour arriver là où je suis », insiste-t-il.