Du pain sur la planche

Flamur

Flamur, dix-huit ans, est un homme ponctuel. D'un caractère posé, il semble habité par une sorte de sérénité intérieure. Une qualité qui lui est certainement précieuse pour relever les défis auxquels il est confronté depuis son plus jeune âge.
Originaire de Vushtrria (ou Vushtrii en albanais), ville d'un peu plus de cent mille habitants dans le nord-est du Kosovo, il grandit dans une famille de six enfants dont il est le cadet. Son père travaille comme chauffeur d'autobus et sa mère s'occupe des tâches domestiques, quand la guerre éclate dans les Balkans. Ne voyant plus d'avenir dans leur patrie exposée à la violence, ses parents décident de tenter leur chance ailleurs et se réfugient au Luxembourg.
Pour Flamur, qui n'a alors que huit ans, le dépaysement est total. En dehors de l'albanais, il ne parle que quelques bribes d'allemand. De plus, il intègre la classe de première année de l'école primaire de Wilwerwiltz au printemps, c'est-à-dire au beau milieu de l'année scolaire. Fort logiquement, il doit refaire sa première année, le temps de s'adapter à son nouvel environnement. Il apprend vite le luxembourgeois, notamment grâce à ses contacts avec les autres élèves, et y effectue sa deuxième année d'école primaire.

De fréquents changements

Comme sa famille change plusieurs fois de lieu de résidence au cours des années suivantes, Flamur est obligé de changer souvent d'école. Il accomplit ainsi sa troisième année à Bourscheid, qu'il quitte au milieu de la quatrième année pour rejoindre l'école de Bettembourg, où il accomplit sa cinquième année. Il passe ensuite directement en huitième au lycée technique à Dudelange, puis en neuvième, qu'il doit finalement redoubler.
Par la suite, l'un de ses frères lui conseille de faire une formation au CNFPC à Esch-sur-Alzette. Flamur est affecté dans un atelier au sein duquel il apprend divers travaux tels que travailler le bois ou s'initier à la mécanique. Pendant un an, il suit un apprentissage comme mécanicien à Esch-sur-Alzette, mais ce métier ne l'attire pas. Il aurait préféré devenir boulanger, pétrir la pâte plutôt que plonger ses mains dans les produits huileux; or il ne parvient pas à trouver de place d'apprenti dans ce secteur. C'est à ce moment-là qu'il entre en contact avec le Service national de la jeunesse (SNJ), qui lui fournit une occupation dans le cadre du Service volontaire d'orientation au CIPA à Dudelange, où il reste un mois. Il rejoint ensuite la cuisine du foyer de jour Diddelfamill, un travail qui lui plaît bien au point qu'il y est occupé pendant un an, jusqu'en juillet 2009.
Son contrat venant à échéance, il se met à chercher du travail. Il en trouve un aussitôt par le canal de l'ADEM: un patron de restaurant, qui avait déjà donné une chance à l'un de ses frères, décide de l'engager pour deux ans comme apprenti cuisinier. « Je suis satisfait même si ce travail représente beaucoup de stress », relève Flamur, qui maîtrise fort bien le luxembourgeois à présent. Il se débrouille aussi en allemand et comprend un peu le français, n'excluant pas de prendre des cours plus tard pour pouvoir aussi parler cette langue, très utilisée au Luxembourg.

Qui vivra verra

Pour l'instant, de nouveaux défis attendent ce sympathique jeune homme. Il s'est inscrit à des cours afin d'obtenir le diplôme de CITP (certificat d'initiation technique et professionnelle) et tente de passer son permis de conduire. Deux objectifs à court terme qu'il espère bien atteindre, en attendant de voir plus loin. Flamur n'est pas du genre à se poser trop de questions sur son avenir. Il garde de bons souvenirs de ses contacts au SNJ et de son séjour dans le foyer Diddelfamill: un sentiment visiblement réciproque puisque dans les deux organismes, on lui a fait comprendre que la porte restait toujours ouverte.